vendredi 7 mars 2014

L'ANATOMIE ARTISTIQUE SELON LEONARDO DE VINCI


La représentation du corps humain occupe une place singulière dans l'histoire de l'art occidental de l'Antiquité jusqu'au début du XXème siècle.
Léonard de Vinci fut un visionnaire à son époque en dessinant "l'écorché".

Si vous souhaitez en savoir plus, voici quelques sites intéressants:


  1. www2.ac-lyon.fr › enseigne › lettres-histoire › IMG › pdf
  2. universalis.fr › encyclopedie
  3. ecoles.cfwb.be › ipamnivelles › ldv

dimanche 26 janvier 2014

LE TYMPAN DE L'EGLISE ST LAZARE D'AUTUN

I.     Présentation de l’oeuvre

1)       L’oeuvre
-     Le titre : «tympan de l’église St Lazare d’Autun»
-     Son sujet : Le Jugement dernier
-     Son domaine artistique : Arts du visuel
-     Sa nature : sculpture sur pierre en bas-relief
-     Sa date : XIIe siècle

2)       L’auteur
    Conseils Présenter de façon synthétique sa biographie, puis son origine sociale, sa formation, son oeuvre et sa contribution à l’histoire des arts (quand cela est possible).

GISLEBERTUS serait l’auteur du tympan de l’église Saint-Lazare d’Autun. Son nom est inscris au centre du tympan. On retrouve sa trace dans d’autres églises de Bourgogne comme Cluny ou Vézelay vers la même époque c’est à dire la première moitié du XIIe siècle. Il s’agit sûrement d’un sculpteur et d’un architecte bourguignon qui aurait créé une école et un style, suivi par ses élèves. Peu de sources évoque de façon précise et sûre ce personnage. On ignore ainsi sa date de naissance et de mort de même que son lieu de naissance.


3)       Le contexte  
 Conseils
Faire le lien entre l’oeuvre et son contexte historique : Expliquez en quoi cette oeuvre est emblématique de son époque? Que se passe-t-il politiquement ou socialement à ce moment ? En quoi nous renseigne-t-elle sur cette époque ?
Faire le lien avec le contexte artistique : Quelles sont les autres oeuvres de l’artiste ?  L’oeuvre appartient-elle à un courant artistique ? Quel est le style artistique dominant à cette époque ? Peut-on faire des rapprochements ?

contexte historique : Le XIIe siècle voit, selon l’expression du moine Raoul GLABER, « l’occident se couvrir d’un blanc manteau d’églises». C’est aussi un période de relative paix, d’essor démographique et d’amélioration de l’alimentation. La féodalité se met en place . La religion catholique est la seule religion présente en Occident (exceptée quelques communautés juives). Croire en Dieu est à cette époque une démarche naturelle. La population, souvent analphabète, est enseignée par des hommes d’Eglise mais passe aussi par les artistes : vitraux, chapiteaux, fresques murales comme dans l’église St Savin près de Poitiers ou tympan comme ici à Autun sont autant de moyens de sensibiliser et d’instruire les fidèles. Le but est de faire comprendre les textes bibliques et d’expliquer comment obtenir le Salut.

contexte artistique : Au milieu du XIIe siècle, l’art roman domine en Occident. C’est une forme d’art qui emprunte aux romains des techniques de constructions (voûte en berceau, contreforts épais...). L’église St Lazare d’Autun est une église romane. Les tympans situés au dessus des portails sont des oeuvres symboliques qui représentent le Jugement dernier. On en retrouve dans la plupart des églises de cette époque comme à Vézelay.

4.       La thématique et la problématique  
 «Arts mythes et religions» car le tympan  est un sujet religieux et qu’il exprime une vision de l’au-delà (Jugement dernier)

Problématique :
Conseils la problématique peut tourner autour du message que l’artiste a voulu faire passer, l’impact que cette oeuvre a eu par la suite ...

Comment le tympan de l’église d’Autun exprime la vision du Salut au Moyen Âge dans l’Occident chrétien ?

II.     Analyse de l’oeuvre
 1.       Description de l’oeuvre
Conseils Quels sont les principaux éléments du sujet ? (qui ? quoi ? où ? quand ? comment ?) Quels sont les principaux plans qui composent l’oeuvre ? Décrire les personnages, les postures, les détails...(UTILISEZ UN POWERPOINT OU KEYNOTE)

Dernier grand tympan monumental de l'époque romane, Autun réduit la représentation de l'Enfer : les damnés représentent la moitié du linteau (vision duale du Bien et du Mal) mais l'Enfer est réduit à une petite partie du registre central du tympan ; pour ne pas désespérer les fidèles ? On peut diviser le tympan en trois registres :




          dans la partie supérieure, les trois personnages représentés n'ont pas connu la mort, selon la Bible ou la tradition pour Marie, ils ont été élevés au Ciel au terme de leur vie terrestre.
          au centre : à droite du Christ, les apôtres, et Saint Pierre reconnaissable à sa grande clé (il est le gardien du Paradis). Ce groupe est représenté près d'une ville qui symbolise la Jérusalem céleste. D'après le texte de l'Apocalypse, la Jérusalem céleste est un lieu spirituel où se retrouvent les élus (le paradis). À gauche du Christ, la pesée des âmes, l'archange Saint Michel tient la balance dans lequel il y a une âme (un personnage) le fléau de la balance penche en faveur de Michel en dépit des deux diables qui appuient sur l'autre extrémité de la balance. Derrière les diables, une vision du chaos, de l'Enfer.

          au registre inférieur, sur le linteau : les élus et les damnés




Conseils Comment l’artiste a-t-il réalisé son oeuvre?
 La technique est ici de sculpter la pierre calcaire de façon superficielle faisant en sorte que les formes se dégagent de l’édifice, ce tympan est un bas-relief qui met en valeur l’image et son support. A la forme semi-circulaire du tympan s’ajoute la forme rectangulaire du linteau et la forme en amande de la mandorle qui contient le Christ. Un grand nombre d’outils spécifiques aux tailleurs de pierre sont utilisés comme le taillant ou la massette.

 3.       Explication/Interprétation
Conseils Quel est le message de lartiste ? Que veut-il signifier par cette oeuvre ?  (réponse à la problématique)
 Cette oeuvre nous permet de comprendre la vision du Salut au Moyen Âge. Il passe par le Jugement dernier où le Christ en majesté, jugera les hommes. Il est intéressant de signaler la stature imposante du Christ (par rapport aux autres personnages), représenté en mandorle, ce qui témoigne de sa puissance. Le message transmis aux fidèles est de ne pas commettre de péchés capitaux (avarice, luxure...) afin de gagner le Paradis. La pesée des âmes départagera les élus des damnés. Cette vison pouvait être assez terrifiante (représentation de personnages torturés, de diables grimaçants...) et pouvait susciter une angoisse chez les croyants.
Les allusions à la Jérusalem céleste, aux pèlerins au niveau du linteau permettent aussi de comprendre que la vie sur Terre est un pèlerinage. Elles laissent entendre qu’il faut adopter une attitude simple, dépouillée et qu’il faut avoir toujours à l’esprit le but final de l’existence : rejoindre Dieu.
Un autre message est délivré à travers cette sculpture, c’est que dans ce pèlerinage terrestre, l’»Eglise institution» à travers le clergé (abbé et évêque avec la crosse au niveau du linteau)  est là pour guider les fidèles, les instruire et les mener dans le bon chemin.

 4.       L’approche sensible de l’oeuvre
 Conseils Pourquoi le choix de cette oeuvre? Quels sentiments exprime-t-elle? En quoi me touche-t-elle? 

UNE GOUACHE DE JB LESUEUR

I.     Présentation de l’oeuvre

1)       L’oeuvre

-     Le titre : «Bourgeois et sans-culottes lors du siège de Lille par les Autrichiens»
-     Son sujet : Le peuple dans la Révolution
-     Son domaine artistique : Arts du visuel
-     Sa nature : peinture à la gouache
-     Sa date : 1792

2)       L’auteur
    Conseils Présenter de façon synthétique sa biographie, puis son origine sociale, sa formation, son oeuvre et sa contribution à l’histoire des arts. 

Longtemps attribuées aux frères LESUEUR (paysagiste et sculpteur sous la Révolution), il semble avéré aujourd’hui que ces gouaches soient l’oeuvre de Jean-Baptiste LESUEUR (1749 - 1826), un peintre parisien qui a exercé des fonctions municipales à Paris.

Nous disposons de très peu d’informations et de sources sur JB LESUEUR. Nous savons que c’est un petit notable de son quartier de la Porte Saint Denis sur la rive droite de Paris, qu’il est partisan de la Révolution mais pas favorable à la Terreur. Il est sûrement proche des Girondins. Son oeuvre s’étend jusqu’en 1807 où ses représentations montrent qu’il s’est rallié à Bonaparte.
  
3)       Le contexte 
 Conseils
Faire le lien entre l’oeuvre et son contexte historique : quand la scène se déroule-t-elle ? Que se passe-t-il politiquement à ce moment ? En quoi nous renseigne-t-elle sur cette époque ?
Faire le lien avec le contexte artistique : Quelles sont les autres oeuvres de l’artiste ?  L’oeuvre appartient-elle à un courant artistique ? Quel est le style artistique dominant à cette époque ? Peut-on faire des rapprochements ?
contexte historique : Cette scène se passe pendant la Révolution qui a commencé en 1789. En 1792, la France est devenue une République, le roi est emprisonné à la prison du Temple. Depuis le mois d’avril, la France est en guerre contre l’Autriche et le territoire est envahi, notamment Lille qui se situe près de la zone frontalière. La Patrie est en danger et de nombreux gardes nationaux fédérés viennent secourir les régions menacées.
 contexte artistique : Cette gouache fait partie d’un ensemble de 64 autres oeuvres de JB LESUEUR conservées au Musée Carnavalet. Il représente un précieux témoignage iconographique de l’époque révolutionnaire. L’utilisation de gravures, d’estampes pour illustrer des scènes de la vie quotidienne était très en vogue depuis la 2e moitié du XVIIIe siècle, elles étaient montrées à un public populaire, souvent analphabète. Les gouaches de LESUEUR remplissent cette même fonction.
La Révolution française est une période d’intense création artistique car la Déclaration des droits de l’homme a donné la liberté de créer, de s’exprimer. De nombreux artistes s’expriment pour retracer les scènes de la Révolution. Certains deviennent des célébrités comme JL DAVID qui peint dans un style classique le Serment du jeu de Paume ou l’assassinat de MARAT. D’autres artistes, moins connus, produisent des oeuvres plus simples et plus naïves  qui témoignent de la vie quotidienne des Français pendant la Révolution. C’est le cas de JB LESUEUR.

4.       La thématique et la problématique  
 «Arts, techniques, expressions» car la technique utilisée par JB LESUEUR est une technique originale puisque elle passe par la gouache et qu’elle permet un rendu qui exprime des sentiments et une réalité historique.

Problématique :
Conseils la problématique peut tourner autour de l’originalité de l’oeuvre, le message que l’artiste a voulu faire passer, l’impact que cette oeuvre a eu par la suite ...
Comment JB LESUEUR nous renseigne-t-il sur l’engagement du peuple pendant la Révolution ?

II.     Analyse de l’oeuvre

1.       Description de l’oeuvre
Conseils Quels sont les principaux éléments du sujet ? (qui ? quoi ? où ? quand ? comment ?) Quels sont les principaux plans qui composent l’oeuvre ? Décrire les personnages (vêtements, couleurs..), les postures, les détails...
 La scène se passe à Lille lors du siège de la ville par les Autrichiens en octobre 1792.  On voit un attroupement de personnes issues du peuple. Ces personnes s’emparent des boulets de canons ennemis et les tournent en dérision comme pour manifester leur capacité de résistance et leur patriotisme. On remarque la présence d’hommes, de femmes et d’enfants. Les hommes sont des sans-culottes et des bourgeois.
Les couleurs des vêtements  sont vives, il y a du mouvement (on frappe des mains, on lève son chapeau), de l’émotion qui se lit sur les visages et les expressions.
La représentation des personnages est quelque peu grossière et naïve, elle traduit une certaine simplicité.


Conseils Quel type de peinture est utilisé (huile, gouache...), quel type de support ? Quelles techniques (perspective, trompe l’oeil..) ?

 Scène et personnage ont été dessinées sur un carton constitué de feuilles collées et tassées, puis soigneusement découpées et enfin coloriées à la gouache. La gouache est composée de pigments de couleurs mélangés a de la colle soluble dans l’eau.
Montées sur baguette, les gouaches auraient été montrées de manière théâtrale à un public encore peu alphabétisé.

 3.       Explication/Interprétation
Conseils Quel est le message de lartiste ? Que veut-il signifier par cette oeuvre ?  (réponse à la problématique)
 Il y a un contraste entre la gravité de l’événement (siège de Lille) et la joie manifestée par le peuple.
Les personnes semblent heureuses, s’amusent avec les boulets de canons, notamment en posant un bonnet phrygien sur l’un deux, mais on peut supposer que cette joie est aussi une manifestation de l’excitation et de l’effervescence liée à la guerre. L’attitude du bourgeois levant son chapeau en témoigne.
Presque tous les personnages portent une cocarde tricolore ce qui traduit leur engagement révolutionnaire.
 Cette gouache nous montre bien l’irruption du peuple dans la vie politique de l’époque. Il est devenu un acteur incontournable qui influe sur les événements politiques. Les sans-culottes dont on voit deux représentants au premier plan (en pantalon) témoignent de cet engagement pour soutenir la Révolution et pour la défendre.
Les femmes applaudissent ou encouragent les hommes. Cela met en avant le rôle important joué par les femmes pendant la Révolution.  les enfants apportent des boulets, c’est donc bien tout le peuple qui s’engage.
La présence d’un élément de cuisine (casserole) montre le lien entre le quotidien et cet événement extraordinaire. Le quotidien de la population est rattrapé par les événements révolutionnaires.

4.       L’approche sensible de l’oeuvre
 Conseils Pourquoi le choix de cette oeuvre? Quels sentiments exprime-t-elle? En quoi me touche-t-elle?





COURBET ET L'EROSION DES FALAISES


L'AUTOPORTRAIT DANS L'OEUVRE DE FRIDA KALHO

FRIDA KAHLO, La colonne brisée, 1944
« Je ne suis pas malade. Je suis brisée. Mais je me sens heureuse de continuer à vivre, tant qu’il me sera possible de peindre. »

1.    Biographie

Frida Kahlo, née le 6 juillet 1907 à Coyoacán est une artiste peintre mexicaine. En 1922, à l'âge de 16 ans, elle intègre l'Escuela Nacional Preparatoria, considérée comme le meilleur établissement scolaire du Mexique. Elle souhaite alors devenir médecin. Malgré l’intérêt qu’elle porte aux beaux-arts, elle n’envisage pas de se lancer dans une carrière artistique.

Le 17 septembre 1925, Frida est grièvement blessée dans un accident de tramway. Son abdomen est transpercé par une barre de métal qui transperce également son vagin et l'empêche donc de donner la vie, sa jambe gauche subit un grand nombre de fractures, onze au total. Son pied droit est également cassé. Le bassin, les côtes et la colonne vertébrale sont eux aussi brisés. Alitée pendant trois mois, puis contrainte de porter durant neuf long mois des corsets en plâtre, c’est là qu’elle commence à peindre. Pour l'aider, ses proches placent un baldaquin au-dessus de son lit avec un miroir pour ciel. Elle peut alors se servir de son reflet comme modèle, ce qui est probablement l'élément déclencheur de la longue série d'autoportraits qu'elle réalisera, sur 143 tableaux, 55 sont des autoportraits. "Je me peins moi-même parce que j'ai beaucoup de temps seule et parce que je suis le motif que je connais le mieux".  Elle dépeint dans ses tableaux sa douleur, ses peurs, sa vie. En 1928, Frida Kahlo s’inscrit au Parti communiste mexicain. Elle s’intéresse particulièrement à l’émancipation de la femme dans la société mexicaine qui est encore très machiste. Elle a un désir de voyage, d'étudier, elle veut la liberté et le plaisir. Cette même année, Frida rencontre Diego Rivera (1886-1957). Ils se marient 1938. Des douleurs permanentes dans le pied droit et dans le dos l’empêchent de marcher correctement. Elle doit porter un corset de fer (que l’on retrouve dans La Colonne brisée). En juin 1946, elle subit une opération de la colonne vertébrale qui lui laisse deux immenses cicatrices dans le bas du dos.
Elle meurt en 1954 après de nombreuses souffrances. Les derniers mots de son journal furent « J'espère que la sortie sera joyeuse… et j’espère bien ne jamais revenir… Frida ». Pourtant, en travers de son dernier tableau, peint juste avant de mourir, elle a écrit « Viva la Vida ».

2. Contexte de l'œuvre
Peint en 1944, cette toile correspond à l'époque où la santé de l'artiste se dégrade. Depuis l'accident de bus, Frida souffre de nombreuses séquelles. Son bassin, ses côtes et sa colonne vertébrale ont été cassés. Ni ses longues périodes d'alitement, ni ses différentes interventions chirurgicales qu'elle a subies ne la soulage durablement de ses douleurs. A 37 ans elle a dorénavant besoin de porter à nouveau un corset orthopédique pour soulager sa colonne et ce pendant 5 mois. Cette fois il est en métal et non en plâtre. Il lui reste 10 ans de souffrances insoutenables à endurer avant sa mort : « "Attendant l'angoisse contenue, la colonne brisée et le regard profond, sans pouvoir marcher sur le grand chemin, continuant ma vie, cernée dans de l'acier...si seulement il me caressait comme l'air touche la terre".
En plus de cette souffrance physique, Frida Kahlo souffre moralement depuis son mariage en 1929 des infidélités répétées de son époux Diego Rivera. Marié, divorcé puis marié à nouveau, le couple se déchire.

La date d’exécution de l’œuvre est 1944, date qui nous rappelle bien évidemment l’approche de la sortie de la seconde guerre mondiale. Cette date nous rappelle aussi le débarquement en Normandie fin 1944 tournant décisif de la seconde guerre mondiale.

3.    Présentation de "La colonne brisée"
Huile sur bois aggloméré, 40x30,5 - Musée de Mexico



C'est un autoportrait de Frida Kahlo. Au 1er plan, l'artiste se représente debout au milieu du tableau face au spectateur. Derrière elle s'étend un paysage désertique et infertile présentant de nombreuses failles. Elle est nue de la tête à la hanche avec un corset en métal, laissant voir son corps et sa poitrine. Le bas de son corps est enveloppé d'un drap blanc. Le tissu et sa peau sont transpercés par une multitude de clous. Le corps de l'artiste est ouvert en deux dans son milieu et laisse apparaître à la place de sa colonne vertébrale une colonne de pierre antique, de style ionique, fissurée symbolisant la rupture, la fragilité. Le haut de la colonne soutient le menton de l'artiste, dont le visage statique, fermé et digne n'exprime aucun sentiment. Des larmes sortent de ses yeux et semblent "pleuvoir" sur son visage. Le corset orthopédique retient les deux parties du corps qu'elle emprisonne telle une cage. La fente dans son corps et les sillons du paysage déchiré, monotone deviennent le symbole de sa souffrance et de sa solitude.

4.    Analyse de "La colonne brisée"                   
   Grünewald, La crucifixion



Frida Kahlo présente dans ce tableau une véritable mise à nu de ses souffrances et de ses sentiments. Elle dévoile les blessures de son corps en même temps qu'elle dévoile celles de son âme. "La colonne brisée" témoigne évidemment de l'accident qu'elle subit à 18 ans et des souffrances qu'elle endure depuis, mais le tableau présente également l'artiste blessée par les nombreuses infidélités de son époux. La peau de Frida est transpercée par de multiples clous, autant de clous que de blessures d'un amour bafoué. Elle apparaît crucifiée, tout comme le Christ de Grünewald au 15eme siècle. L'aventure que son mari Diego a entretenue avec la sœur de l'artiste l'a finalement anéantie. Ses larmes coulent silencieusement. Malgré ses souffrances physiques et morales, Frida, sacrifiée, reste digne, la tête droite, le regard fier. Soutenue par son corset elle traverse dignement cet immense moment de solitude et d'abandon, imagé par le désert à l'arrière-plan, dont les failles expriment lui aussi les blessures de son cœur. On peut voir également dans ce paysage le symbole de l'infertilité de l'artiste. Frida, qui a eu le vagin transpercé lors de l'accident, ne peut pas avoir d'enfant. Son corps nu, dévoilant toute sa féminité et maternité par ses seins, reste dramatiquement vide.

« La colonne brisée », d’un point de vue plastique, montre une utilisation de la couleur très lisse et en surface. Le Bleu du ciel, en arrière- plan, contraste fortement avec la couleur chair, chaude et lumineuse du corps de la femme. D’ailleurs, il semblerait que la lumière émane du corps de manière autonome. Elle est indépendante du paysage désertique en arrière-plan. D’autre part, notons la ligne d’horizon qui est placé très haute dans le tableau et prend ¼ de la surface totale. La tête se trouve dans le ciel et la posture de son corps permet à la colonne vertébrale d’être sur la ligne médiane verticale du tableau, traçant ainsi une composition en croix. De plus notre regard circule de haut en bas dans ce tableau découpant ainsi l’espace de la toile en 4 : Une bande bleu avec le visage, une bande jusqu’à la médiane horizontale qui inclut la poitrine symbole de la féminité, une bande qui va de la poitrine au drapé qui montre un bassin brisé, l’impossibilité d’avoir des enfants et une bande qui inclut les mains et le vêtement blanc qui cache le reste du corps.

5.    Interprétation

L’œuvre s’appuie beaucoup sur des principes narratifs symboliques. Les clous, présents sur une grande partie du corps, varient de taille selon les endroits. Nous pouvons supposer que Frida souffre plus à la hanche, à la colonne vertébrale mais aussi « au cœur » par rapport à leur taille donc par rapport à leur importance. Si on trace la ligne de l’angle en bas à gauche jusqu’à l’angle haut droite nous nous apercevons que les clous les plus gros sont sur cette ligne. De ce fait Frida voulait offrir par cette diagonale une vision de la souffrance se terminant par « le cœur brisé ».

Nous pouvons interpréter le choix de la composition en croix comme une allusion à la crucifixion du christ, les clous comme stigmates. Est-ce une allusion biblique ? Frida se présente-elle comme une martyre ? Elle nous montre aussi sa condition féminine privée de liberté. Frida est une femme qui s’est toujours battue pour être libre, contre la société machiste mexicaine de l’époque et vivre intensément. Ne serait-ce pas une réflexion sur le monde de l’époque qui vit destruction, guerre et dictature ? Ou la quête de retrouver un jour la liberté et vaincre l’oppression (ici, représenté par le corset) ?
L'autoportrait
- Définition : Portrait d’un peintre exécuté par lui-même
- Histoire de l'autoportrait dans la peinture : L’autoportrait est un genre de représentation de soi et non une représentation fidèle de la réalité, qui permet de faire rencontrer au spectateur la personne qui se présente. D’une certaine manière, l’artiste se met en scène et se donne à voir au spectateur. L’autoportrait est aussi une façon pour l’artiste de se questionner sur qui il est. L’autoportrait est comme une quête de soi, l’artiste se regarde dans un miroir, doit se représenter, se rencontrer avec son image où il devra se questionner sur le double qu’il représente.
Frida Kahlo et l’autoportrait
L’autoportrait joue une place importante dans la vie de Frida Kahlo comme dans sa carrière artistique. On en compte 55 sur les 143 tableaux qu’elle a peints. Pour Frida, l’autoportrait est un moyen d’exprimer ses souffrances : «ma peinture porte en elle le message de la douleur» (Frida Kahlo).
Comme Van Gogh se représentant avec son oreille mutilée ou Rembrandt se représentant avec tous ses défauts, Frida se représente avec toutes ses souffrances et ne les cache pas. Le fait de se montrer ainsi est une preuve d’humanité, l’artiste se représente avec ses faiblesses et ses fragilités et touche émotionnellement le spectateur. Dans la plupart de ses autoportraits, son visage, son regard et son expression restent inchangés.

- Qu’a t’elle peint ? Quel est le style de sa peinture? 
        Son style pictural n’est pas vraiment défini, les gens qualifient l’artiste de surréaliste alors qu’elle revendique le réalisme. Frida se crée un style propre à elle-même. Ce style est résolument naïf, primitif. Elle montre à travers ses œuvres, sa souffrance psychologique comme physique. Les toiles sont en général de très petit format (30x40cm), très colorées, peintes à l’huile.
Son inspiration première : « son histoire »
- Déclenchement : L’inspiration première de son œuvre a été son histoire, sa vie. Son œuvre a beaucoup évolué en fonction de son état physique et moral. Elle commence la peinture avec des natures mortes, des portraits puis des autoportraits.
- Son visage : Son visage (vue de face, de trois quart, profil droit, profil gauche) dans la plupart de ses autoportraits reste inchangé ; cela peut s’expliquer de différentes manières. Le regard dans la plupart des œuvres de Frida Kahlo témoigne d’une certaine concentration. En effet Frida se représente grâce à un miroir et doit se concentrer pour ne pas bouger. D’autre part, elle ne cherche pas à peindre des expressions variées de son visage car elle ne veut pas communiquer la souffrance mais l’exprimer. Cependant vers la fin de sa carrière, on aperçoit dans certaines œuvres des changements comme lorsqu’elle peint une larme, qui peut se traduire par un changement d’émotion.
Le mono-sourcil peint avec un trait exagéré sur ses toiles est comme une signature qu’elle ajoute sur toutes ses peintures.
- La culture : Elle se représente avec des animaux (singes, perroquets, papillons, chien) et la nature, faune et flore typiques du Mexique mais aussi intégrée dans les habitudes culturelles de son pays. En se peignant, vêtue de costumes traditionnels, elle revendique son appartenance à la culture mexicaine. Cette culture est aussi évoquée dans les représentations de la mort (masque, tête de mort, squelette).
Frida, dans son œuvre a beaucoup défendu la culture mexicaine qui lui tenait beaucoup à cœur. Pour cela, elle s’habillait avec des habits traditionnels et se peignait avec la tenue tehuana comme dans l’œuvre : Ma robe est suspendue là-bas (1933) où la tenue est centrale, des jupes, des hauts colorés, et pleins de bijoux.
- le féminisme ou…la différence (représentation en costume masculin) : Etant très engagée politiquement et socialement, Frida défend beaucoup le féminisme, elle s’habille sur ses photos de famille en garçon et se fait représenter par Diego sur une peinture murale en garçon. Dans son tableau, Les cheveux coupés (1940), Frida se peint habillée en garçon après s’être coupée les cheveux afin de montrer sa colère et se venger car Diego l’a trompée avec sa sœur, dont elle était très proche.
- La douleur : Frida se représente beaucoup en train de souffrir comme dans son tableau, Colonne brisée (1944), où elle exprime toute sa souffrance. Elle se montre avec des clous, un buste orthopédique et une colonne, symbole de sa colonne vertébrale brisée. Elle arrive à montrer l’intensité de sa douleur. C’est encore un autoportrait qui, à nouveau, s’appuie sur l’histoire de sa vie. Elle se représente pour se reconstruire, pour se recréer car elle a tellement été changée et détruite. Ce tableau est associé au moment où la santé de Frida se dégrade. Pour Frida, la peinture est avant tout un travail sur elle-même, lui permettant essentiellement de supporter sa vie.
L’expression de son visage immobile, n’exprime aucun sentiment car elle cherche surtout à représenter les parties détruites de son corps. Cependant des larmes sortent de ses yeux, comme une touche qu’aurait rajoutée l’artiste pour exprimer une émotion. Cette œuvre ne présente pas que la souffrance qu’elle a subi avec l’accident et toutes les opérations qu’elle a enduré mais aussi la souffrance de voir son mari, Diego, infidèle. Frida expose aussi la perte de sa fertilité (corps vide, terre sèche, aride), elle ne pourra plus avoir d’enfant.
- Une artiste politiquement et socialement engagée : En exprimant sa douleur, Frida se bat pour toutes les femmes et grâce à sa peinture évoque des notions tabous dans les années 1930-1950 comme le corps des femmes, la condition de la femme, la tutelle et le pouvoir des hommes. Elle exprime la souffrance des femmes lors de la perte d’un enfant, des femmes désespérées, des femmes trompées et montre les différentes sortes de blessures - celles du corps et celles de l’âme.
Une œuvre de maturité et une introspection psychologique
Au fil de sa vie, Frida a fait face à beaucoup d’épreuves émotionnellement, autant que physiquement. L’autoportrait s’est immédiatement révélé être un moyen efficace pour elle de libérer ses émotions et matérialiser sa peine. C’est ainsi que l’ensemble de son œuvre est empreinte des thèmes de l’avortement, des opérations, de la sexualité, de la fécondité, de la chair blessée et des souffrances physiques et psychiques. La peinture représente donc un exutoire pour Frida. Elle y exprime ses souffrances et rend compte de ses états d’âme.
En contemplant l’ensemble de ses tableaux, on peut deviner l’histoire de sa vie, depuis son accident, jusqu'à sa mort. Il va donc de soi d’en conclure que ses tableaux représentent son autobiographie. Son art lui permet une introspection psychologique, car, bien qu’assez explicite, ses tableaux lui servent à s’analyser intérieurement. Elle se représente de la façon dont elle se perçoit. Elle représente ses douleurs de la façon dont elle les perçoit.
Un message
La grande majorité de son art n’a pas de destinataire connu. Elle peint en grande partie pour elle-même et décide par après de faire partager son travail lors d’expositions. Sa peinture est principalement destinée à s’aider à faire face à ses souffrances et a les surmonter. En premier lieu, elle n’est donc destinée à personne d’autre qu’elle-même.
Ses tableaux, au-delà de l’expression des souffrances, lui permette aussi d’affirmer sa nationalité mexicaine. On le remarque surtout dans ses tenues ou les coiffes qu’elle porte la plupart du temps. Tout en exprimant son mal-être, elle exprime donc aussi son appartenance à un pays et une culture bien marquée. Les couleurs de ses tableaux, toujours vives et joyeuses, sont aussi une des caractéristiques qui permettent d’affirmer que Frida cherche à montrer et revendiquer son amour pour le Mexique.